Les quatre espèces
Un objet symbolise Souccot : le arba'a minim, qui réunit quatre plantes issues du monde végétal — quatre plantes qui renvoient au Tétragramme de quatre lettres, et qui poussent du bas vers le haut : une branche de palmier-dattier, le loulav, qui donne son nom à l'objet, des feuilles de myrte, une branche de saule et un cédrat, l'etrog.

Ce bouquet si particulier recouvre beaucoup de sens. Il figure notamment la réunion de tous les éléments qui composent le peuple juif, du plus impie au plus grand tsadik : tous, assis ou non sous la soucca, sont les serviteurs de D.ieu, chacun selon ses connaissances et ses capacités.
Le loulav est agité dans les six directions — les quatre points cardinaux, le haut et le bas — contre les "vents mauvais" qui pourraient détruire le monde et l'humanité, contre les mauvais décrets qui pèsent sur sa destinée. Quelle force D.ieu a donnée aux Juifs ! Ils peuvent, dans une joie profonde, œuvrer contre les forces du Mal qui pourraient détruire les récoltes de l'année dans les champs, tout comme les "récoltes intérieures" de l'homme : son travail patient pour domestiquer son âme animale, contenir ses mauvais instincts, maîtriser ses pulsions. Tout cela pourrait être balayé par "un vent de folie", un instant de perte de contrôle où tout peut toujours basculer. Le loulav est rituellement manipulé pour détourner le Mal, de soi et du monde entier.
Puis les hommes tournent autour de la bima, l'estrade où sont déposés les Sifré Torah. Ils tournent sept jours, un cycle, comme on tourna autour de Jéricho pour en faire tomber les murailles, en demandant qu'il leur soit accordé un bien tangible et véritable, et de mener une vie intègre dans les valeurs de la Torah. À Hocha'ana Rabba, les hommes frapperont par terre les branches de saule pour "soumettre les cinq mesures de Rigueur". À la toute fin de Souccot s'établira le sentiment que les hommes ont vaincu les forces du Mal, que l'Accusateur est congédié, car tous sont méritants aux yeux d'Hachem.
La Hassidout dit encore que nous sommes, chacun de nous, ces différents Juifs, avec nos faiblesses et nos vertus. Et que nous sommes le lieu d'un conflit éternel entre notre âme intellectuelle, notre âme animale et notre âme divine. L'âme intellectuelle est honnête ; elle s'accommode de la réalité et s'y attache par le travail et toutes sortes d'engagements. L'âme animale, en revanche, ne vit que pour profiter de l'instant présent ; elle est prête à tout pour échapper aux responsabilités et jouir des plaisirs matériels. Enfin, l'âme divine est absolument hors du monde : si elle influe sur notre personnalité, c'est pour nous transmettre un besoin inassouvi d'infini, de rencontre avec le Divin.
Nous sommes le siège permanent de ces trois aspirations divergentes. C'est l'âme animale qui crée la séparation entre l'âme intellectuelle, raisonnable, inscrite dans la réalité sociale et temporelle, et l'âme divine, qui n'a d'autre désir que de vivre en D.ieu.
Ce texte est extrait de "Une année avec la Cabale. Volume 1 — Secrets du Temps et des Fêtes juives" (180 pages) :
Illustration : Osnat Tzadok




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