L'avènement de la conscience
Si Berechit, le récit de "la Création", ne parle pas seulement de création du monde, de quoi parle-t-il donc ? Pour la Cabale du Ari zal, le récit de la Création traite de l'avènement de la conscience individuelle, de la cause première et du moment précis où la créature s'émancipe, prend de la distance par rapport à son Créateur et se voit soudain distincte de Celui qui l'a créée — comme un petit enfant prend conscience qu'il est distinct de sa mère.

Jusque-là n'existait qu'une conscience non séparée du Divin. Adam Kadmon — figure de la "Volonté générale" du Créateur — contenait toutes les âmes juives, indistinctes les unes des autres. Adam Kadmon est pour ainsi dire l'esquisse du futur premier homme, Adam ha Richon, créé par D.ieu au sixième Jour.
La mort, à ce stade, n'avait pas cours. Elle n'avait — dans cet espace-temps éternel du Gan Eden, Jardin des plaisirs divins — aucune réalité tangible.
Baignant dans le Divin, non séparé de D.ieu et confondu avec Lui, conscient de la co-existence de tous les mondes divins, Adam le non-encore-tout-à-fait-humain ne pouvait pas mourir ! Ein od mi Levado, il n'y a rien en dehors de Lui.
Comment mourir puisque rien ne meurt vraiment ? Tout est D.ieu, y compris la matière. D.ieu est partout, D.ieu est en moi ; je suis D.ieu… La mort est, pour la tradition juive, la séparation du corps et de l'âme, décomposition et recomposition des éléments premiers, déplacement de l'âme d'un monde à l'autre.
Le beth ב, deuxième lettre de l'alphabet hébraïque et première lettre de Berechit — premier mot de la Torah — nous renseigne sur la dualité de la Création, qui contenait le Divin et le Moi confondus.
La "Création" n'avait à ce stade aucune réalité matérielle. Cette création — le firmament, la terre, les eaux, les astres, la végétation et les bêtes — était pure construction spirituelle dans le monde divin le plus éthéré, le 'Olam ha Atsilout. Les animaux sauvages et domestiques étaient des anges, pourrait-on dire ; et tous ces "anges" n'étaient constitués que de leur aspect féminin, dit la Tradition.
Le Gan Eden relève du Monde divin de Brya. La Cabale dit que la "tête" d'Adam ha Richon s'y trouvait, et que c'est pour cela qu'il ne pouvait pas avoir la sensation d'être créé — même si le Monde de Brya est influencé par la sefira Bina, l'esprit logique de construction.
L'âme juive n'a pas été créée ; elle est une émanation de la Lumière divine dans 'Olam ha Atsilout. C'est à cet état premier qu'il s'agit de revenir en conscience : combiner harmonieusement, tout au long de notre vie, cette double condition — être "au Ciel", au niveau des sentiments divins du Monde d'Atsilout, tout en étant bien ancré "sur terre", dans la Mal'hout, c'est-à-dire dans l'expression concrète du monde. Faire דירה בתחתונים, dira ba ta'htonim, comme le propose la Hassidout : construire une résidence pour D.ieu ici-bas, autrement dit participer du Divin dans ce monde matériel.
Ce texte est extrait du chapitre "Genèse – Berechit" de "Une année avec la Cabale. Volume 2 — Secrets de la Torah et de l'âme juive" (270 pages, 10 €)
Illustration : Valerie's Study, C. Michael Dudash




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