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Quitter, fuire, payer

"La parasha Vayetse est l’opposée de Le’h Le’ha. Avec Le’h Le’ha, on va vers soi, on descend dans son intériorité, on entre en Eretz Israël. Avec Vayetse, c’est le chemin inverse : on descend en galout, on quitte Israël, on part en exil, mais on se quitte pour se rencontrer. Vayetse ou la force de partir, de se quitter. Car il faut parfois s’éloigner de ce qu’il y a de plus terrible en nous, pour pouvoir l’affronter, comme Yaacov fuyant Essav".

UNE ANNEE AVEC LA CABALE (extrait)

Secrets de la Torah et des Fêtes Juives

Livre 1/6 Genèse Berechit


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LIRE LA SUITE – Vayetse 2/3

וַיֵּצֵא יַעֲקֹב :

Yaacov sort (Genèse 28,10)


"Il sort des tentes de l’étude de son père où il avait approfondi les enseignements durant quatorze ans auprès de Chem et de Evèr. Il sort pour fuir Essav dont il a récupéré la bénédiction et qui veut le tuer. Yaacov sort… et s’endort ! Quatorze années d’étude sans éprouver le besoin de dormir, mais dès sa rencontre avec le monde extérieur, le monde matériel, Yaacov s’endort, de désintérêt pour tout ceci.


Il s’endort mais il rêve. Son rêve de l’échelle aux anges montant et descendant lui fait comprendre où il se trouve en vérité. Avant de quitter Eretz Israël, il dort sur sa terre. La Tradition dit qu’il la « contient tout entière ». Il en a la conscience. Temps et espace d’Israël, avant de descendre en exil. Yaacov est la préfiguration du Juif exilé avec son monde véritable tout entier contenu en lui-même.


La grande nouveauté que nous apporte la Hassidout aujourd’hui c’est que l’exil n’est plus seulement extérieur. Il n’est plus cette notion géographique de la séparation d’avec Eretz Israël. L’exil, comme la Délivrance, sont également en nous et il nous appartient de basculer de l’un à l’autre, d’agir pour quitter l’état d’exil intérieur. Le guehinom, l'enfer, c’est tout ce qui me limite, me détruit et fait de moi un être infréquentable. Et s’il y a plusieurs Gan Eden, celui que je contiens est fait de tout ce que j’ai de bon et de bien en moi.


On peut dire qu’en fuyant Essav, Yaacov se fuit lui-même, fuit son propre inconscient, trop puissant pour être frontalement envisagé. Sa mère Rivka l’enjoint de partir et d’aller prendre femme là où sont ses racines, parmi les femmes de la famille. Se confronter à son inconscient, c’est une nécessité du mariage !


L’union permet de dépasser notre réalité première. Yaacov n’a pas encore la révélation de ce qu’il est avant de se marier. Il doit pour cela faire la rencontre de ses épouses. Et il rencontre sa Mal’hout, sa Royauté, en rencontrant Ra’hel. Si Yaacov représente la Torah dans son essence, dans son potentiel de dévoilement, Ra’hel est l’expression-même de la Torah, elle est la révélation.


Yaacov aura des unions de différents niveaux avec ses quatre épouses qui lui donneront les futures douze tribus d’Israël. Sa mission : faire advenir Yossef. Il lui faut donc absolument son épouse Ra’hel.


Comme Yaacov, Rachel a son double : sa jumelle Léa. Celle-ci était destinée à Essav. Réincarnation de la première femme d’Adam, Léa fait replonger Yaacov dans le monde de l’inconscient qu’il avait quitté en quittant Essav. Léa est la partie voilée de sa sœur Ra’hel.


Yaacov a été docile toute son existence jusqu’à ce qu’il ait fini de « payer ». Il a écouté sa mère Rivka, il a accepté les conditions de son beau-père Lavan. Quatorze années d’études auprès de ses maîtres, puis quatorze années de labeur pour gagner ses épouses chez son beau-père. Ce n’est que lorsque le terme est échu et qu’il se considère « quitte », qu’il quitte effectivement son enfermement dans la maison de Lavan.


Il devient riche pour pouvoir s’affranchir et affronter enfin son double opposé, son frère Essav, qu’il paye (encore) pour s’acquitter à ses propres yeux de la bénédiction soutirée à leur père et ainsi obtenir la paix. Il le craint toujours mais parvient à l’éloigner définitivement.


Il « paiera » encore pour obtenir la douzième tribu, son dernier-né Benjamin, avec la mort de Rachel, son aimée. Il fallait Rachel pour que Yossef vienne au monde, et pour que celui-ci révèle Yaacov dans son expression. La réalité est meilleure, elle a infiniment plus de valeur lorsque l’inconscient y est inclus, lorsque la puissante partie sombre est affrontée et domptée, pour que le moi entier advienne dans toute sa nécessité".


Toutes les publications d’Ariela Chetboun ici


Illustration : John Wentz

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