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Le'h Le'ha : alliance – séparation et fusion

il y a 11 minutes
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La paracha Le'h Le'ha "Vas pour toi !" ou "Vas vers toi !" est riche en bénédictions et promesses divines, en déplacements et en événements de toutes natures. Elle compte des épisodes majeurs comme l'enlèvement de Saraï, l'expédition guerrière pour sauver Loth, la naissance d'Ishmaël et les changements de noms de Saraï (Sarah) et d'Abram (Abraham). Du parcours d'Abraham nous n'évoquerons ici que deux étapes, mais absolument déterminantes pour l'avenir du peuple juif – les alliances conclues entre D.ieu et Abraham :


  • brit ha betarim "l'alliance sur les morceaux"

  • brit mila : la circoncision des garçons


La première alliance entre D.ieu et Abraham, c'est l'Alliance dite "sur les morceaux" (Genèse 15.1-21) : un pacte territorial qui fait d'Abraham un homme béni d'une infinie descendance et d'un territoire dédié – Erets Israël. La Tradition nous enseigne que de dispositif (l'offrande d'animaux et leur découpe) et ce sacrifice (par le feu passant entre les morceaux) annoncent l'exil de la descendance d'Abraham. Dans le même mouvement, il est annoncé et d'une certaine manière il est promis que cette séparation (le découpage) du peuple juif d'avec sa Terre et d'avec son Temple n'en sera pas véritablement une. L'espace de séparation (entre les morceaux) sera en réalité comme un espace de fusion (réalisé par le feu divin du sacrifice approuvé).


Par rapport à la psyché juive, on comprend dès lors que l'on peut rester intimement relié à ce qui nous est arraché et dont on est longuement séparé (des années… des siècles), comme l'archétype du symbolon [signe de reconnaissance dans le monde grec antique] peut nous aider à l'appréhender. Sur un plan individuel, on perçoit bien comme l'on peut se sentir connecté à un être profondément aimé dont on est séparé et sans nouvelles et se sentir intimement relié à cette personne, sans plus en souffrir, dans l'apaisement d'une connaissance secrète de ce lien indéfectible.


On rapprochera le geste de couper en deux parts les bêtes à sacrifier pour créer une alliance, de celui de couper en deux parts le symbolon. Rachi explique : il est d'usage, lorsqu'on contracte une alliance, de couper une bête et de passer entre ses morceaux ainsi qu'il est écrit : "qui sont passés "entre les portions" du veau" (Jérémie 34.18). Nous touchons là à de très profonds archétypes.


Nos Sages disent que lors de la brit ha betarim, il fut demandé à Abraham de se prononcer sur un point : choisir pour son peuple la modalité du tikoun individuel, le mode de réparation des fautes de chacun. Plutôt que d'accepter le Guehinom, l'Enfer, qui nettoie en une fois l'âme animale pour la réintégrer purifiée au corps, Abraham choisit de permettre aux Juifs ainsi qu'aux grandes âmes de l'humanité, d'accomplir ce travail, de vie en vie par les guilgoulim, les réincarnations successives. Dans cette configuration, les épreuves de l'existence sont présentées de nouveau à l'âme réincarnée pour qu'elle puisse s'y confronter, prendre les bonnes décisions, surmonter l'adversité et s'élever de niveau en niveau, de vie en vie.


Cette alliance, la première, est en quelque sorte une préparation, un événement intermédiaire pour Abraham, avant l'alliance par la circoncision. Elle évoque le peuple et sa terre et l'assurance de la continuité à travers les siècles d'exil entre les Juifs, leur Torah (D.ieu), et leur Terre, ainsi que la relativité de leur espace-temps.


L'espace est en effet une notion relative pour le Juif, puisque l'exil peut être extérieur (vivre en dehors d'Israël, en Égypte, etc.) mais aussi intérieur (le Tohou, les conflits psychologiques, une vision pessimiste des événements, etc.). On dit par ailleurs de Yaacov qu'il a "contenu" toute la terre d'Israël et qu'il l'a emportée avec lui lorsqu'il dut descendre en Égypte, après avoir dormi sur les pierres et fait le rêve de l'échelle (Genèse 28.11-15).


Le temps aussi est relatif dans la conception juive. Cyclique, en spirale, il se répète en progressant dans une tension vers un but. Le plus important à saisir c'est que la lecture de la Torah nous renseigne sur notre présent : ce qui est arrivé à nos patriarches Abraham, Isaac et Jacob se réactualise dans nos générations : nous revivons ce qu'ils ont vécu ; le passé, le présent et le futur se confondent.


La seconde Alliance, la Brit mila, quant à elle, réalise le pacte individuel entre le Créateur et Sa créature. Séparer par la circoncision deux éléments c'est, pour la Cabale, "couronner" le Yessod [sefira du Fondement], compléter ce qui était incomplet en faisant pénétrer l'âme dans le corps et en apportant, par cette pénétration de l'âme, la part féminine du bébé mâle. La orla [prépuce] est cette klipa négative, cette "écorce d'impureté" qui empêche le féminin de se dévoiler dans le masculin. Il est dit que le geste de la circoncision au huitième jour après la naissance du garçon, permet à l'âme de "descendre" des sefirot supérieures jusque dans la totalité du corps physique et de ne plus être seulement "contenue" dans les poumons.


Avant sa Brit mila, Abraham Avinou est un être intellectuel, une âme exclusivement en 'Ho'hma, une pure intelligence rationnelle. Pour atteindre le dévoilement de l'Essence divine, le roua'h ha kodech, l'esprit saint, il lui fallut dévoiler ses sentiments. La circoncision l'y a aidé, en permettant à son côté féminin de se dévoiler dans son être masculin. D.ieu demande à Abraham de "sortir à l'extérieur", de regarder le ciel et de tenter d'en dénombrer les étoiles. Autrement dit, une voix intérieure souffle à Abraham de sortir de sa structure mentale (qui l'empêche d'envisager une descendance) et de regarder le firmament avec un regard neuf. Il ne doit plus "lire" le Ciel et ses constellations comme le signe que la destinée est écrite et scellée d'avance, mais écouter la Parole qui lui est donnée et qui peut tout changer.


Pour résumer, c'est tout Le'h Le'ha qui nous enjoint d'aller de l'avant, de ne pas rester statique, de progresser toujours, de faire ce qui doit être fait, de briser nos idoles, c'est-à-dire nos conditionnements, ce qui nous éloigne de la vérité. Aller pour soi, aller vers soi. C'est une invitation au travail psychique intérieur d'approfondissement et de dévoilement de notre intimité et de notre unicité.


Abraham est celui qui, le premier, a dévoilé l'essence de son être, ce qu'il est de manière unique. Cette force de progression coa'h ha hali'ha ba nefech, Abraham l'incarne en devenant celui qui dispense autour de lui le message et la connaissance de D.ieu. C'est en parcourant Erets Canaan qui deviendra un jour Erets Israël, la terre de la Royauté d'Hachem, qu'Abraham se révèle à lui-même et au monde.


J'ajouterai que Le'h Le'ha est la paracha des "sauvetages" (de Saraï, de Loth), et des modalités pour être sauvé – sauvé de l'erreur, sauvé du mensonge de ce qui n'est pas la vie et du mensonge que l'on se fait à soi-même – vivre une vie qui n'est pas la nôtre.


Si Berechit peut être résumée comme la paracha de la "force pour commencer et se recommencer" et la paracha Noa'h comme celle de la "force de l'apaisement des pulsions ou des forces pour faire un travail de manière apaisée" la paracha Le'h Le'ha, quant à elle, peut être ramassée dans la formule "la force pour progresser".


Chacun de nous est unique, précieux et nécessaire. Il en va de notre responsabilité individuelle – et de notre bonheur ! – de trouver, par ce travail intérieur continu, ce pour quoi chacun de nous est fait, nos midot, nos qualités particulières. Aller pour soi, c'est aller vers soi, vers notre vérité intérieure.


Ce texte est extrait du chapitre Le'h Le'ha : alliance – séparation et fusion de "Une Année avec la Cabale – Secrets de la Torah et de l'âme juive"


Illustration : Glowing Stones – Carol Nelson

 
 
 

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