Souccot : l'encens et les nuées de gloire
Entre Kipour et Souccot s'écoulent quatre jours, Yemei Chem Hachem, les Jours du Nom de D.ieu. Les Sages de la tradition cachée expliquent qu'après avoir établi Ye'hida che ba nefech, l'unification dans notre âme divine, après avoir construit l'Entité divine à Yom Kipour, les jours entre les deux convocations saintes établissent les quatre lettres du nom de D.ieu – le Tétragramme. C'est "avec" le nom de D.ieu que l'on entre dans la fête de Souccot, ce qui signifie que le Juif sera gratifié de la Présence divine durant toute la fête.

"Vous demeurerez dans des souccot durant sept jours ; tout indigène en Israël demeurera sous la soucca, afin que vos générations sachent que J'ai donné des souccot pour demeures aux Enfants d'Israël quand Je les ai fait sortir du pays d'Égypte, 'Moi, l'Éternel, votre D.ieu !'" (Lévitique 23.42-43)
La soucca figure les makifim de Bina, c'est-à-dire les forces inconscientes qui nous entourent, d'une grande puissance à la fois protectrice et limitante. La mystique juive explique que la soucca est un espace particulier, un makom, un endroit divin. C'est un espace-temps unique dans l'année juive. Comme Yaacov Avinou qui s'était endormi à l'emplacement de ce qui deviendra le Temple de Jérusalem, nous pourrions ressentir que notre petite soucca est le lieu d'immenses dévoilements. La joie simple qu'on y éprouve est un trésor à garder précieusement pour en profiter toute l'année.
L'hébreu moderne traduit simplement soucca par cabane ou hutte. Mais le recours à la linguistique ouvre des pistes. La racine du mot soucca laisse filtrer une vérité première à la notion : "regarder", "contempler". Un jeu de sens peut nous inspirer : sacouï signifie "transparent" et sicouï (même orthographe) signifie, entre autres, "perspective", "espoir". Quand on se rappelle que la loi juive demande de pouvoir "voir" le ciel à travers les branchages du toit de la soucca, on perçoit mieux le sens profond des choses. Le toit de la soucca, pour être kosher, doit être suffisamment "transparent" pour que l'on puisse "regarder" le ciel, le "contempler" et en tirer des "perspectives".
La tradition ésotérique vient compléter le tableau par son commentaire. Les Juifs doivent séjourner chaque année quelques jours dans une soucca afin de se souvenir de D.ieu qui a placé 'Anané ha Kavod, des Nuées de Gloire, tout autour du camp des Hébreux dans le désert. Une autre colonne de nuée à l'entrée et à la sortie du camp les guidait et les éclairait, quand ceux-ci fuyaient les Égyptiens : "Ils décampèrent de Souccot et vinrent camper à Ètham, à l'extrémité du désert. L'Éternel les guidait, le jour, par une colonne de nuée qui leur indiquait le chemin, la nuit, par une colonne de feu destinée à les éclairer, afin qu'ils pussent marcher jour et nuit. La colonne de nuée, le jour et la colonne de feu, la nuit, ne cessaient de précéder le peuple" (Exode 13.20-21).
La Tradition attribue le mérite de l'apparition et du maintien des nuées à Aaron, frère de Moïse, Grand Pontife qui officiait pour le Service divin dans le Michkan, le Temple du désert. Les Nuées de Gloire disparaîtront en effet à la mort de celui-ci.
Ainsi donc, durant ces jours de joie – puisque cette fête est appelée 'hag sim'hatenou, "la fête de notre joie" – nous construisons des cabanes en plein air et nous y vivons. […] Tout est dans la couverture de la soucca, le s'ha'h, les chaumes ou autres branchages et feuillages. Que représente ce s'ha'h pour la sagesse ésotérique juive ? Il est dit que ce s'ha'h représente les Nuées de Gloire. Il incarne la fumée de la ketoret, l'encens brûlé par le Cohen Gadol dans le Temple, à l'intérieur du Saint des Saints le jour de Yom Kipour, la fête qui précède Souccot de quelques jours.
Ce texte est extrait du chapitre Souccot : l'encens et les nuées de gloire de Une Année avec la Cabale, Volume 1 – Secrets du Temps et des Fêtes juives (180 pages).
Illustration : Rick Stevens, The Spaces Between Us, huile sur toile, 40 × 36 po (101,6 × 91,4 cm), 2009




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