Couronner le Roi
À Roch ha Chana, nous "couronnons notre Roi". C'est un processus en plusieurs étapes. Couronner le Roi, c'est installer D.ieu "au-dessus" de nous, Le faire exister comme un principe capital dans nos vies. Cette installation dans notre réalité quotidienne passe par une construction qui dépasse l'intellect, qui se situe, pour la Cabale, au-dessus de la tête, au niveau de la "couronne", dans la sefira du Keter — celle qui correspond à l'inconscient.

Notre reconnaissance de la Royauté divine — de Sa suprématie sur tout, sur nos vies — c'est la Mal'hout. Cela passe par la soumission à cette idée indépassable, par le bitoul, l'annulation de notre ego. Accepter de se soumettre, c'est-à-dire de s'en remettre au Roi des rois : c'est la première étape du processus qui permet de faire exister la future année.
L'idée la plus folle qui soit pour un esprit cartésien, rationnel, occidental ! Car il s'agit d'abord de la faire exister, au sens propre, cette future année, avant qu'elle soit bonne et douce. Le monde a été créé, et il est recréé à chaque instant par la volonté de D.ieu. Il pourrait donc retourner au néant sans laisser de trace.
Aux dernières heures avant la fête, le monde est virtuel, suspendu entre deux possibilités. Le monde, le temps, l'année surgiront du Keter — sans rien qui puisse les faire exister, sauf la Volonté et le Plaisir de gouverner du Roi, ces deux dimensions du Divin qui constituent l'intériorité du Keter.
Comment les éveiller ? Par les sanglots de Son peuple. Oui, nous désirons exister et vivre. Oui, nous voulons le Roi des rois pour Roi. Le chofar exprime nos sanglots — courts, longs, hachés : tekiah, terouah, chevarim. Soupirs, sanglots et gémissements vont L'atteindre. Les discours préparent, les prières entourent, le chofar éveille la Volonté et le Plaisir de gouverner du Roi des rois. Nous pleurons avec une corne de bélier. Avec ce son, nous entrons en relation avec l'idée d'un Roi souverain sur nos existences, avec ce projet inscrit dans notre inconscient collectif. Nous passons de l'idée, de l'intellect, aux émotions, au tremblement de tous nos os ; nous nous enflammons pour l'idée — et là, là seulement, elle peut s'implanter durablement en nous et devenir une réalité, une nature profonde.
Roch ha Chana fait exister la future année et met en place les événements dans le Plan divin, ce qui est écrit dans le Ciel avant même la Création. Mais ce qui a été écrit est infini ! Les potentialités sont sans fin, toutes les dimensions parallèles coexistent virtuellement. Ce qui est écrit peut donc toujours être transformé par notre transformation. Destins réécrits à l'infini, sans cesse modifiables. Hachem nous aide à aller là où nous le désirons — dans la bonne ou dans la moins bonne direction — nous y sommes aidés et accompagnés.
À chacun de nous d'écrire notre destin, pour que le monde ne retourne pas au néant, pour que cette année nouvelle existe bel et bien.
Chana Tova ! Bonne année !
Ce texte est extrait du chapitre Roch ha Chana de "Une année avec la Cabale. Volume 1 — Secrets du Temps et des Fêtes juives" (180 pages)
Illustration : Girolamo Mazzola Bedoli, 1545




Commentaires