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L'alliance d'Abraham "sur les morceaux"

« La première alliance entre D.ieu et Abraham, c’est l’alliance dite 'sur les morceaux', brit ha betarim : un pacte territorial qui fait d’Abraham un homme béni d’une infinie descendance et d’un territoire dédié – Eretz Israël. La tradition ésotérique nous enseigne que cette installation (l’offrande d’animaux et leur découpe) et ce sacrifice (par le feu qui passe entre les morceaux) annoncent l’exil de la descendance d’Abraham. Dans le même mouvement, il est annoncé, et d’une certaine manière il est promis, que cette séparation (le découpage) du peuple juif d’avec sa Terre et d’avec son Temple n’en sera pas véritablement une. L’espace de séparation (entre les morceaux) sera comme un espace de fusion créé par le feu divin du sacrifice approuvé ».

UNE ANNEE AVEC LA CABALE (extrait) Secrets de la Torah et des Fêtes Juives Livre 1/6 Genèse Berechit



LIRE LA SUITE – Le’h Le’ha 1/3 : alliance - séparation et fusion


« Par rapport à la psyché juive, on comprend que l’on peut rester intimement relié à ce qui nous est arraché et dont on est longuement séparé (des années… des siècles), ainsi que l’archétype du symbolon* grec peut nous aider à mieux l’appréhender. Sur un plan individuel, on perçoit bien comme l’on peut se sentir connecté à un être profondément aimé dont on est séparé et sans nouvelles, et se sentir intimement relié à cette personne, sans plus en souffrir, dans l’apaisement d’une connaissance secrète de ce lien indéfectible.


On rapprochera le geste de couper en deux parts les bêtes à sacrifier pour créer une alliance, de celui de couper en deux parts du symbolon. Rachi explique : il est d'usage, lorsqu'on contracte une alliance, de couper une bête et de passer entre ses morceaux, ainsi qu'il est écrit : « qui sont passés "entre les portions" du veau » (Jérémie 34,19). Nous touchons là à de très profonds archétypes.


Cette alliance, la première, est en quelque sorte une préparation, un événement intermédiaire pour Abraham, avant l’alliance par la circoncision. Elle évoque le peuple et sa terre, et l’assurance de la continuité à travers les siècles d’exil entre les Juifs, leur Torah (D.ieu), et leur Terre, ainsi que la relativité de leur espace-temps. L’espace est en effet une notion relative pour le Juif, puisque l’exil peut être extérieur (vivre en dehors d’Israël, en Égypte, etc.) et intérieur (le Tohou, les conflits psychologiques, une vision pessimiste des événements, etc.). On dit par ailleurs de Yaacov (Genèse 28,11-15) qu’il a « contenu » toute la terre d’Israël et l’a emportée avec lui lorsqu’il dut descendre en Égypte, après avoir dormi sur les pierres et fait le rêve de l’échelle.


Le temps aussi est relatif dans la conception juive. Cyclique et en spirale, il se répète en progressant chaque fois dans une tension vers un but. Le plus important à saisir c’est que la lecture de la Torah nous renseigne sur notre présent : ce qui est arrivé à nos patriarches Abraham, Isaac et Jacob se réactualise dans nos générations : nous revivons ce qu’ils ont vécu ; le passé, le présent et le futur se confondent ».



Illustration : Carol Nelson


* Symbolon : signe de reconnaissance dans le monde grec antique. Objet coupé en deux, dont deux personnes conservaient chacune une moitié quand elles devaient se séparer pour une période indéfinie. Ultérieurement (le temps ne permettant plus de se reconnaître visuellement), les deux parties rapprochées de l’objet cassé en deux et coïncidant permettaient la reconnaissance des porteurs. Cette réunion des morceaux faisant signe, « symbole », d’une intimité perdue et retrouvée, d’une relation d’hospitalité contractée antérieurement

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