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Je vis dans un monde où…

... la fête de Tou Bichvat se vit comme nulle part ailleurs. Je ne me souviens pas avoir particulièrement célébré la Fête des Arbres en France, autrement qu’en essayant de m’assurer que les enfants seraient à la maison ce soir-là pour partager les fruits que j’avais dépensé des fortunes à acheter. Cela m’avait toujours semblé décalé et… franchement exotique ! Sûrement, s’ils avaient été scolarisés à l’école juive, c’est eux qui auraient donné l’impulsion première.

A l’heure où j’écris, il fait un froid pétrifiant (5°) ; l’air est chargé des pluies abondantes de ces derniers jours, le jardin gorgé d’eau et la nature immobile. De la fenêtre de la cuisine où je prends mon gruau d’avoine matinal, j'observe le colibri bleu profond qui prend, lui, son petit déjeuner en plongeant son bec recourbé dans les corolles orange vif de la bignone détrempée. Il se balance avec le poids des branches chargées d’eau, boit la tête en bas pour mieux saisir le nectar. Puis il s’ébroue dans les branches jaunes déplumées du grenadier voisin qui sera, aux heures plus chaudes de la journée, le théâtre agité des sempiternelles chamailleries de ces sortes de mésanges qui se disputent les derniers grains noircis d’humidité des grenades éventrées qui y pendouillent encore. C’est pour eux que je les ai laissées sur l’arbre. J’ai bien fait de planter ce grenadier face à la fenêtre de la cuisine. Il a pour première vertu de dissimuler le vis-à-vis immédiat de la maison d’Abraham et Chochana, nos plus proches voisins.


Vivre dans ce lotissement israélien relativement récent – 1980 – du nord de Netanya, me fait immanquablement songer à la promiscuité des 600.000 Hébreux qui s’ingéniaient dans le désert à planter leurs tentes de manière à éviter tout regard malheureux vers l’intimité du foyer de leurs voisins. Ce grenadier est aussi le seul arbre à feuilles semi-caduques de notre jardinet alors, avec lui, les saisons passent plus réellement sous nos yeux puisqu’il occupe la moitié de notre champs de vision depuis la table de la cuisine : remettre la main sur les sacs en papier pour protéger la maturation des fruits pour Roch ha Chana prochain ; penser à sortir l’échelle pour tailler les hautes branches, balayer les feuilles jaunies qui émaillent la petite allée qui mène à la courette derrière, repérer, comme aujourd’hui, au travers des branches presque dénudées, le nid touffu de colombes industrieuses solidement bâti à la fourche où naîtront, dans quelques courtes semaines, des oisillons ébouriffés d’amour volatile.


Mais l’actualité du jardin, en cette période de remontée de sève et de riches pluies, ce sont les citronniers du fond, près du barbecue bâché : j’adore constater chaque année que la première récolte n’est pas encore terminée – de gras citrons s’accrochent encore aux branches épineuses - que l’arbre se couvre déjà des blanches constellations des fleurs nouvelles. Les branches du petit citronnier que nous avions planté à notre arrivée - surplombé du kumquat dominateur du jardin de Sabrina et Mickaël, le couple franco-israélien de nos voisins à l’est – défendent silencieusement leur territoire ombreux, dans cet angle sombre où se joignent également les jardins de ces gens qui viennent d’emménager et que je ne connais pas encore, avec celui de Patrick, our irish neighbor, fan de viandes grillées, au jardin recherché par ses très nombreux et très joyeux amis de Tel Aviv ! J’avais fini par lui demander, à la toute fin de la saison dernière, de m’offrir – en grimpant pour les attraper – ces énormes pomelos qu’il avait dédaignés et dont je raffole.


Nous mangeons aussi quasiment exclusivement de ses citrons qui se lâchent d’épuisement sur le toit de nos armoires de jardin où achèvent de pourrir derrière leurs portes mal jointées, des ballons mouillés, de l’engrais inutilisable et des chaises de plage rouillées. Les siens sont meilleurs. Et supérieurs, c’est certain, à nos oranges de cette année. Je n’ai pas compris pourquoi elles n’avaient pas gonflé comme l’hiver précédent mais ont, pour une bonne part d’entre elles, moisi sur l’arbre avant d’atteindre la taille espérée. Quant au clémentinier qui nous avait comblé l’année dernière, il n’a donné que quelques beaux fruits… à son sommet et contre le muret, là où ce moule à gaufres/flibustier/bachi-bouzouk de faux jardinier à la noix (!!!) n’avait pas passé sa herse électrique sur les branches couvertes de fleurs quand j’ai eu le dos tourné. Il n’est pas près de revenir celui-là, avec son air gentil et attentif – le nombre de faux professionnels qui nous ont fait croire à leurs faux diplômes dans ce pays est assez vertigineux tout de même… Mais bon, on ne va plus se fâcher (je l’étais beaucoup !), c’est Hag ha Ilanot aujourd’hui.


Trente minutes ont passé et il fait toujours 5°. Cela ne montera que jusqu’à 12° aujourd’hui, avec une pause, au moins pour cette journée, dans le programme des précipitations de la saison. Cela sèchera un peu la maison où je passe comme une ombre, de pièce en pièce, sous mes châles et mes chaussettes et ne quitte un radiateur à huile que pour en retrouver un autre ! Vous savez, la qualité du ciment des maisons israéliennes, l’isolation défectueuse… bref vous connaissez le problème de ces anciennes constructions.


Cet après-midi, normalement, je rejoindrai mes amies dont l’une d’elle – notre toute douce Yaël – nous réunit pour manger ensemble des fruits et chanter. Les jours ont commencé de rallonger depuis quelques Shabbatot (du moins c’est comme cela que nous comptons) et l’espoir de marcher de nouveau dehors à pied sec nous illumine doucement.


A défaut de faire une pleine Fête des Arbres dans vos contrées lointaines, pensez à nous ici, en Israël, qui pensons si fort à vous là-bas et venez nous rejoindre un jour – même si, ce faisant, vous ne mangerez plus des meilleurs fruits d’Israël – ceux-là étant réservés… à l’exportation ! Ah, douceurs de l’Exil... Hag Tou Bichvat Sameakh !


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