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Les trois "vêtements de l'âme"

Une graine de Cabale ou de Hassidout à planter dans ton Jardin des Connaissances…


Si on y pense, un vêtement, cela sert à deux choses. Disons que le vêtement recouvre la nudité, dissimule ce qui doit rester caché, alors que l’habit exprime une manière d’être au monde, la tenue que l’on revêt pour exprimer notre personnalité et ceci, en fonction des circonstances sociales et pratiques : un costume de bain, l’habit qui "fait" le moine, une robe de chambre ou une robe d’apparat...


La pensée juive - qui plonge ses racines à la Cabale, et qui se traduit notamment par la Hassidout pour nous guider dans cette vie – utilise sans cesse la métaphore du vêtement, pour évoquer l’expression, la manifestation, la forme existée d’une notion profonde.



L'hébreu utilise le levoush [לבש] dont la racine signifie tout simplement revêtir, habiller et que l'on traduira donc par 'vêtement', plutôt que béguèd [בגד] dont la racine entend la notion de "trahir, tromper" en même temps que vêtir et que l'on traduira par 'habit'.


Toutes les publications d’Ariela Chetboun ici


Comme la structure métaphysique des choses est toujours composée de trois parties, l’âme – notre « moi » le plus intime - s’habille de trois « vêtements » : la pensée, la parole et l’action.


Ces « trois vêtements de l’âme » comme les nomme la tradition ésotérique, voilent ce qui est caché dans ce monde, tout autant qu’ils dévoilent à travers un premier état de matérialisation et d’expression de soi.


Sans développer ici davantage, semons une autre « graine de connaissance » : notre âme est constituée de cinq niveaux qui trouvent leur correspondance dans les mondes divins, incarne des sefirot en particulier, et se rattachent à des notions constitutives de l’être humain : son intellect, ses sentiments, sa pensée, sa parole et son action en ce monde.


Le Tanya définit « la hiérarchie entre les cinq parties de l’âme, qui se répartissent en trois groupes. Le premier est constitué par l’intellect, les sentiments et les pensées qui assurent le fonctionnement interne de la personnalité. Le second, beaucoup plus ‘bas’, correspond à la parole, processus extérieur qui s’adresse à un interlocuteur. Le troisième, enfin, beaucoup plus ‘bas’ que le second, est celui de l’action concrète, qui marque l’environnement de façon durable » (Iguerete ha Kodesh, Chapitre 19).


On pourrait considérer qu’un premier objectif évident à atteindre pour une vie authentique, sans souffrance psychique, heureuse et épanouie, serait l’alignement entre nos pensées, nos paroles et nos actions et ce, en fonction de notre source d’âme : penser « juste », dire ce que l’on pense et faire ce que l’on dit. Qu’il y ait identité entre les trois « vêtements », cohérence, convergence entre ce que je pense, ce que j’exprime et ce que je vis concrètement.


La teshouva, le mouvement de retour à soi, dans notre intimité intellectuelle, doit permettre cet accord profond, cet ajustement intime entre notre essence qui est de nature divine - et donc notre personnalité véritable profonde - avec nos « vêtements » - pensées, paroles et actions durant le temps qui nous est imparti ici-bas.


« L’étude de la Thora relève de la parole et de la pensée, qui sont les vêtements intérieurs de l’âme vitale, par contraste avec l’action, qui est extérieure. Ainsi, à la différence de toutes les autres mitsvot, l’étude de la Thora inonde de sa lumière les vêtements intérieurs de l’âme » (Tanya, Likoutei Amarim, Chapitre 37).


Mais, on se souvient que l’âme divine – composé unique d’attributs divins, mélange subtil émané des sefirot - n’est pas la seule composante de notre personnalité. Elle cohabite avec notre âme intellectuelle et avec notre âme animale. Chacune d’elles a ses « vêtements » d’expression.


« La structure formelle de l’âme animale, dit le commentateur du Tanya, est similaire à celle de l’âme divine : elle aussi possède dix facultés [trois sefirot d’intellect et sept sefirot de sentiments] et trois vêtements [pensées, paroles et actions]. Mais contrairement à l’âme divine, les facultés et les vêtements de l’âme animale sont impurs. L’âme divine a des vêtements définis, dont elle se revêt, qui sont la pensée, la parole et l’action liées à la Thora et aux mitsvot. Quelles sont les pensées, paroles et actions qui servent de « vêtements » pour l’âme animale ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’âme animale ne possède pas de vêtements spécifiques (pensées, paroles ou actions fautives). En fait, toutes les pensées, paroles et actions qui n’ont pas trait au service de D.ieu, même lorsqu’elles ne constituent pas une faute, sont des vêtements […] de l’âme animale. Dans les termes du Tanya : ‘ces vêtements de l’âme animale sont toutes les actions accomplies sous le soleil’, c’est-à-dire toutes les actions profanes qui ne sont pas entreprises pour le service de D.ieu, qui sont toutes ‘vanité et ruine de l’esprit’, selon l’interprétation du Zohar » (Tanya, Likoutei Amarim, Chapitre 6).


Ainsi, l’homme est le théâtre d’une guerre intestine sempiternelle entre son âme divine – parfois profondément enfouie -, son âme intellectuelle qui voudrait mais n’en peut mais, et son âme animale, qui quelquefois prend toute la place !


« Les vêtements de l’âme divine sont d’un niveau supérieur à l’âme elle-même et permettent son élévation. En vertu du principe de symétrie : les vêtements de l’âme animale lui sont d’un degré inférieur et provoquent sa chute » (Commentaire au Tanya, Likoutei Amarim, Chapitre 6).


Étant donné le principe d’enchaînement, l’âme intellectuelle fera tout pour contrôler ses pensées, afin qu’elles ne se traduisent pas en paroles malheureuses et en actes contre-productifs…


Bonne nouvelle, les actes positifs comme la tsedaka, les paroles bonnes comme le réconfort aux pauvres, les pensées fertiles comme la prière, l’intention et les bonnes résolutions, sont autant de beaux vêtements pour notre âme divine, qui pourra progressivement s’extraire de sa gangue et s’exprimer dans sa langue magnifique…


« Les vêtements de l’âme, constitués par les Mitsvot que celle-ci accomplit pendant qu’elle se trouve dans un corps physique, lui permettent, par la suite, d’obtenir la révélation de la Che’hina [la Présence divine] lorsqu’elle réintègre le Gan Eden à l’issue de son existence dans ce monde. En effet, la Mitsva entoure l’âme de celui qui la met en pratique, comme si elle portait un vêtement […]. Le Zohar dit : “A chaque jour correspond un vêtement”, qui entoure l’âme et qui est tissé de toutes les Mitsvot qu’elle doit accomplir au cours de la journée... » (Commentaire au Tanya, Iguerete Hakodesh, Chapitre 3).


Toutes les publications d’Ariela Chetboun ici


Illustration : La Dame à la Licorne, Le goût, tapisserie, laine et soie, Flandres, XV-XVIe siècle

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