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La maison, matrice de l'identité

Qu’est-ce qui fait qu’une maison juive est différente ? Un œil non exercé ne remarquera sans doute rien, si ce n’est la mezouza fixée à l’entrée et encore, quand on connaît. Mais même les foyers peu pratiquants laissent toujours un indice à leurs éventuels visiteurs juifs, la signature de leur identité d’origine : une miniature de menorah sur une étagère chargée de bouquins. Un fil rouge délavé vestige d’un été à Jérusalem. Une grenade en terre cuite offerte par une tante qui a passé l’été en Israël. Un magnet intello sur la porte du frigo déniché à Tel Aviv.

L’anthropologie aide à comprendre les questions du vivre ensemble et l’ergonomie, l’optimisation de l’espace. La hala’ha[1] et la kabbala - les fondements ésotériques du judaïsme - nous livreront leurs secrets pour tout réussir ! Et pourquoi pas un peu de feng shui aussi, puisque nous savons que cette sagesse extrême orientale vient de mystérieux cadeaux offerts par notre ancêtre Abraham. C’est la Torah qui le dit[2] !


Il est important de se réapproprier chaque pièce en pensant aux vraies fonctions des espaces et à y faire une place à chacun. De l’entrée, qui doit être une invitation à pénétrer, jusqu’au Kodesh ha Kodashim, le Saint des Saints de la chambre parentale, en passant par les pièces de réception, la cuisine aux multiples enjeux, les chambres d’enfants et leurs questions compliquées de rythmes et de pudeur, les circulations et les salles d’eau.


Ce qui apaise l’esprit, c’est le seder, l’ordre. Quand les choses sont en place, l’important peut commencer : l’apprentissage de soi et des autres. Alors, entrons dans une maison juive et explorons-la ensemble. Quand un foyer a un peu creusé la question de son identité juive justement et décidé d’investir le sujet, alors c’est toute la maison qui est revisitée. Pas un seul espace de l’habitation qui n’ait été pensé dans ses différentes fonctions, dans ce qu’il contient et dans ce qu’il donne à voir. Chaque pièce de l’appartement porte le sceau de cette mission invisible : faire les choses « bien ». Tout le judaïsme tiendrait d’ailleurs presque dans cette formule : « Faire correctement les choses, au moment approprié, avec les bonnes personnes ». Une histoire de kavana, d’intention dans l’action et de précision.


Parce qu’une chose est certaine : dans le judaïsme, rien n’est laissé au hasard, tout est important, même le plus infime détail. Pourquoi ? Pour donner sa vraie valeur à chaque chose, aux gens, au travail, à l’argent, au temps, à la vie ! Alors la maison est bien sûr le cœur d’un projet de vie juive. Bien souvent, cela se réveille quand les enfants arrivent.


La maison devient alors ce qu’elle doit être quand on est ambitieux pour sa famille : tout à la fois une arche protectrice, le creuset des valeurs à transmettre, un laboratoire social pour s’exercer aux relations humaines, une rampe de lancement vers le vaste monde. Mais aussi le premier chantier de construction de soi, le lieu de l’intimité du couple, un mini centre d’étude, le café-théâtre de nos émotions, un coin pour se ressourcer, un lieu de stockage pour nos biens, un atelier d’élaboration de la culture familiale culinaire, le meilleur endroit pour se détendre et se reposer, l’espace de réception d’une vie sociale intense. Beaucoup de fonctions pour un seul objet : l’habitat !


C’est même un modèle réduit du Temple pour la vie spirituelle, nous le verrons, pour tenter de construire « Dira ba ta’htonim » une résidence ici-bas pour le Divin dans la matière du monde - la métaphysique du quotidien le plus trivial : faire à manger, nettoyer, s’habiller, dormir, etc. La vie juive dans tous ses états. Entre temple sacré et balagan[3], la maison est la matrice des valeurs familiales. Quand on en prend soin dans cet esprit de transmission, elle devient le réceptacle de la bénédiction : bané, ‘hayé ou mézoumané, la descendance, la santé et la prospérité. Tout ce qu’on peut désirer tient dans cette formule. « Réceptacle » - peut-être l’un des mots les plus importants de la pensée juive. Keli en hébreu. L’idée : être soi-même un réceptacle suffisamment beau et solide pour être en mesure d’accueillir tout ce que l’Univers, la Vie, le Tout-Puissant a prévu pour moi. La maison doit être un keli rassurant et agréable pour ses habitants, comme le corps est le keli de l’âme qu’il abrite.


Mais au fait, pourquoi y a-t-il si souvent une menorah dans une maison juive ? Parce qu’elle est le symbole de la lumière du Juif qui éclaire le monde. Et le fil rouge ? Peut-être que cela a un rapport avec la laine teinte à l’écarlate qui accompagnait un sacrifice au Temple de Jérusalem pour se purifier[4]. Et une grenade ? Parce qu’elle contient de nombreux grains, comme les 613 commandements faits au Juif… pour qu’il le reste.

[1] Hala’ha : les lois juives [2] Genèse 25.6 ; Sanhedrin 91a [3] Balagan : en hébreu (familier), bazar, désordre [4] Lévitique 14.4


La maison dans le monde juif, pièce par pièce ! Anthropologie, Ergonomie, Home-Organizing, Torah, Kabbala et Feng Shui... qui vient aussi de notre Cabale https://www.yedia.org/la-maison-matrice-de-lidentite/ Entre sciences humaines et sagesse juive sur la nouvelle plateforme multimedia www.yedia.org


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