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Entre l'âne et le boeuf : la Nativité, un mystère "joyeux" (2/3)

Une autre source juive pouvant expliquer ce "mystère" chrétien de l'âne et du boeuf entre lesquels Jésus serait né, provient de la parasha que nous avons lue la semaine dernière : Vaye'hi, la dernière section du Sefer Berechit, le Livre de la Genèse. Le coeur de cette parasha est la bénédiction ultime de Yaacov Avinou, Jacob notre Père, à ses douze fils, les futures tribus d'Israël. Le père, à la fin de ses jours, donne sa bénédiction à ses fils, parfois sous la forme de qualifications. Il énonce qui ils sont.

Pour l'un de ses fils, Issachar, Jacob prédit, en Genèse 49:14-15 :


יִשָּׂשכָר חֲמֹר גָּרֶם רֹבֵץ בֵּין הַמִּשְׁפְּתָיִם טו וַיַּרְא מְנֻחָה כִּי טוֹב וְאֶת-הָאָרֶץ כִּי נָעֵמָה וַיֵּט שִׁכְמוֹ לִסְבֹּל, וַיְהִי לְמַס-עֹבֵד


"Issachar est un âne robuste qui se couche entre les collines. II a goûté le charme du repos et les délices du pâturage et iI a livré son épaule au joug et iI est devenu tributaire".


La traduction en français est très approximative et réductrice ; elle ne veut même pas dire grand-chose. On se souvient en effet que l'on peut lire la Torah de plein de manières différentes. Cependant, nos Sages ont reçu des interprétations précises - des clefs pour décrypter le Texte saint.


A propos de cette bénédiction-ci, celle pour Issachar, la Cabale rappelle que l'effort d'analyse de ce qui est obscur et celui qui consiste à rechercher l’essentiel d'un message sont les deux qualités principales pour étudier les secrets de la Torah. Ce type d'étude exige donc discernement et esprit de synthèse (autrement dit Bina et 'Ho'hma), des capacités singulières élevées, celles qu'incarnent "chor vé 'hamor", le boeuf et l’âne - deux animaux dont la force leur permet de porter de lourdes charges - la responsabilité de l'étude des Textes pour tout le peuple juif. C'est en effet de la lignée d'Issachar que viendront les grands Sages connaissant la Torah et capables de l'enseigner, à Issachar qu'incombera cette lourde charge.


On notera les différences de traduction de שור chor entre le français pour les textes chrétiens et le français dans la littérature juive. Un boeuf - animal de labour, puissant et discipliné mais stérile car castré pour l'iconographie chrétienne. Mais un taureau, dans toute sa puissance sauvage, destiné à la reproduction donc à la transmission, dans la symbolique juive. Tout un programme...


Dans la littérature juive, le boeuf, animal de labour, est associé à la sefira Gvoura, la sphère de la rigueur limitante, relevant d'Aaron le Grand Pontife, de l'énergie du feu. Elle est l'antagoniste de la sefira 'Hessed, qui évoque l'amour, le flux infini du don, l'eau, incarnée par la figure de Moïse.


Le taureau, quant à lui, est associé au personnage de Joseph, qui s'habille dans la sefira Yessod du fondement, du canal de la reproduction. Celui-ci fait la synthèse entre toutes les tendances, toutes les énergies, toutes les sefirot de Zeir Anpin, dernière sphère avant le déversement dans la réalité, la sefira de la Mal'hout, du Royaume de ce monde. Le Taureau est installé dans la lignée du Milieu.


Pour les Chrétiens qui ne le savaient pas, leur messie naît sous les auspices de Moïse et Aaron, les énergies des hassadim et des gvourot, de la bonté et du jugement. En tout cas, c'est ce que les Pères de l'Eglise qui ont élaboré cette iconographie avaient imaginé.


Ariela Chetboun est anthropologue et auteur. Toutes ses publications ici


Illustration : Sandro Botticelli (1475)

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